La planification par bassins versants de Wentworth-Nord

QUAND L’URBANISME RESPECTE LA CAPACITÉ DE L’ÉCOSYSTÈME
© Municipalité de Wentworth-Nord

Lorsque la municipalité de Wentworth-Nord dans les Laurentides a décidé de réviser ses outils d’urbanisme, la population a montré son intérêt pour les aspects environnementaux. En tant que municipalité de villégiature dans un cadre naturel, les lacs font partie intégrante du paysage. La majorité des habitations sont implantées en bord de lac et ont pour beaucoup été construites avant l’entrée en vigueur des réglementations de protection environnementale. Par l’artificialisation du terrain et les activités de loisir, une pression pèse directement sur les lacs. Pour traiter cet enjeu, la municipalité a décidé de rénover ses outils en planifiant autour des bassins versants. Le but étant de mieux contrôler la santé des lacs par rapport aux nuisances humaines créées par les habitations et les activités en bordure de lac.

Vers une planification respectant la logique des écosystèmes

La gestion par bassins versants consiste à appliquer une réglementation particulière par zone centrée autour du lac recevant les eaux de ruissellement du bassin. Cette vision diffère de l’approche habituelle qui centre la planification autour d’un établissement humain (ville, village). La municipalité a donc commencé par inventorier et classifier les lacs majeurs sur son territoire selon l’état de santé de chacun. En suivant cette catégorisation, une densité maximale a été établie de façon à protéger les lacs sensibles. Selon la municipalité, aucune étude n’a établi la densité d’habitation à préconiser selon l’état trophique d’un lac. Pour pallier le problème et planifier de façon efficace, elle a créé des critères associés à des conditions types de lac, modulés en fonction de l’occupation actuelle. Une fois cet exercice fait, la municipalité a traduit dans son règlement de zonage sa planification par bassins versants en créant un nouvel usage : « habitation-bassin versant ». Pour une petite municipalité ayant un large territoire dédié à la villégiature, où les activités récréatives mettent une certaine pression environnementale sur les plans et cours d’eau, cette façon de planifier le territoire permet de diminuer l’impact du développement humain sur les lacs les plus vulnérables.

Ce projet se démarque par son approche unique proposant de centrer la planification sur les systèmes naturels à protéger plutôt que sur les systèmes humains dont il faut encadrer le développement.

CONTACT

Emmanuel Farmer, urbaniste
Directeur du service de l’urbanisme de la municipalité de Wentworth-Nord

Plan et règlements d’urbanisme de Lac-Supérieur

OPTIMISER LA VILLÉGIATURE AU BÉNÉFICE DES PAYSAGES ET DE LA BIODIVERSITÉ

© Stéphanie Rocher, Atelier urbain.

Le plan et les règlements d’urbanisme de la municipalité de Lac-Supérieur adoptés en 2015 avaient comme objectifs d’assurer des retombées bénéfiques du développement immobilier, tant sur le plan fiscal qu’environnemental et urbanistique, afin de limiter le grignotement du territoire, de préserver les milieux naturels d’importance et de rationaliser les dépenses, ce qui n’a pas été le cas durant les dernières décennies.  Pour y parvenir, les concepts de Growing Greener et des Form-Based Codes ont été utilisés, mais réinterprétés dans un contexte de villégiature.

L’analyse du territoire a d’abord fait ressortir que 41,5 % du budget était alloué à la voirie et qu’il y avait, sur le réseau de rues existant, un potentiel d’implantation de 1040 habitations. Ces données ont fait prendre conscience à tous de l’importance d’optimiser les rues existantes avant d’en créer de nouvelles.

Le Form-Based Codes et le Growing Greener à la base d’une réglementation innovante

Les délimitations des bassins versants ont conditionné le découpage du plan de zonage afin d’adopter une planification écosystémique et de consolider le développement immobilier dans les secteurs déjà construits. Le développement en grappes et sur les rues existantes a été privilégié, de façon à concentrer spatialement le cadre bâti, tout en en sauvegardant le maximum d’espaces naturels dans leur intégrité, permettant ainsi leur mise en valeur paysagère et récréative pour l’ensemble de la communauté.

Aussi, une typologie de l’environnement bâti et naturel de la municipalité a servi à établir les affectations en s’inspirant de la méthodologie des « transects » des Form-Based Codes. Une hiérarchisation des autorisations de lotissement de rue a été élaborée en utilisant les outils normatifs et discrétionnaires, dont les plans d’aménagement d’ensemble (PAE) et les plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA), de manière à favoriser les nouveaux quartiers dans les affectations plus urbanisées et à restreindre dans celles plus naturelles. La typologie et la hiérarchisation proposées s’avèrent une stratégie de gestion de l’urbanisation souple qui permet à chacun d’envisager le développement de son terrain dans la mesure où les objectifs de préservation et d’optimisation associés à son affectation sont atteints.

La MRC des Laurentides, qui révise actuellement son schéma, s’inspire de la planification et des outils réglementaires de Lac-Supérieur pour développer de nouvelles méthodes de gestion du territoire au bénéfice de l’ensemble de la MRC.

CONTACT
Audrey Desjardins
Directrice du Service de l’urbanisme et de l’environnement, Municipalité de Lac-Supérieur